L’apéro au boulot

de | 2018-07-24

Aujourd’hui c’est l’été, et il fait chaud. Je prendrai bien un petit apéro après une dur journée de labeur, au milieu des robots et des ordinateurs. Mais est-ce que j’ai le droit de boire de l’alcool au bureau (avec modération) ?

On va voir que si la réponse parait simple à première vu (oui pour les alcools « légers »), elle soulève quelques questions surprenantes.

Que dit la loi ?

Selon l’Article R4228-20 du Code du travail :

Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n’est autorisée sur le lieu de travail.

Je trouve ça étrange comme choix du législateur d’autoriser les alcools par rapport à leur nature et non leur titrage.
Par exemple, l’hydromel (10°-18°), l’hypocras et les cocktails léger (beaucoup de soft) ne sont pas acceptés ? Non si on s’en tient au texte.

Mais j’ai quand même envie de boire mon hydromel

On peut aller chercher du côté de l’Article L3321-1 du Code de la santé publique, qui classe en 4 groupes, dont les « boissons sans alcool » (<1,2°) et le groupe que j’appellerai des « alcools légers » (<18°). Ce dernier contient :

  • vin, bière, cidre, poiré, hydromel, auxquelles sont joints les vins doux naturels
  • crèmes de cassis et les jus de fruits ou de légumes fermentés comportant de 1,2 à 3 degrés d’alcool
  • vins de liqueur, apéritifs à base de vin et liqueurs de fraises, framboises, cassis ou cerises, ne titrant pas plus de 18 degrés d’alcool pur

On voit que dans ce code la classification est plus large. Dans le même groupe que les alcools autorisés au travail, on retrouve l’hydromel. On pourrait donc essayer d’utiliser cette classification pour faire passer l’hydromel comme un alcool licite à l’apéro.

Mais pourquoi ne pas avoir une classification cohérente ? Mystère…

Je vais encore être tatillon, mais cette classification pose le même problème que la précédente. Je me demande, par exemple, si la liqueur de myrtille rentre dans ce groupe. C’est un alcool fermenté, similaire à la liqueur de cassis, qui titre à plus de 3°. A moins qu’on puisse le faire rentrer dans les vins de liqueurs (3ème point).

A mon avis, le législateur aurait pu mettre dans le groupe « alcools légers » toutes les boissons fermentées, sans ajout de sucre, ne titrant pas plus de 18°. S’il ne l’a pas fait, il doit y avoir une raison. Peut-être même une bonne raison, comme éviter des abus (comme on peut voir avec la réglementation sur les cannabinoïdes récemment).

Le cas des bières (très) fortes

Il existe aujourd’hui des bière titrant bien au delà de 20°. Mais sont-elles autorisées ? Je pense que non.

En effet, ces « bières » rajoutent de l’alcool afin d’atteindre ce niveau. Les levures ne peuvent pas produire autant d’alcool. Il s’agit d’un mélange qui ne peux, à mon avis, plus être considéré comme de la bière.

Pour revenir sur les levures, l’alcool étant un poison pour ces dernières, au delà d’un certain titrage elles finissent par mourir et la fermentation s’arrête. Il semblerait qu’il existe des turbolevures, plus tolérantes, qui dans des conditions optimales peuvent faire monter la boisson jusqu’à 20°. A ma connaissance c’est la limite actuelle pour une boisson fermentée.

Les cocktails

En pratique les cocktails c’est compliqué s’ils sont « fait main », car il faut faire confiance à la personne qui a fait le mélange. Mais je ne vois pas pourquoi interdire les cocktails industriels déjà mélangés dont le titrage est indiqué sur la bouteille. Le législateur aurait alors pu fixer une limite.

En conclusion

Bref, je comprends qu’une classification n’est vraiment pas simple et il y a des écueils à éviter. En limitant les alcools, le législateur espère peut-être diminué la consommation, et peut être que dans le futur l’alcool sera interdit au bureau (ce ne serait pas forcement mauvais en termes de santé publique).

Au final, le choix des alcools autorisés me semble quand même assez arbitraire.

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